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Corps en Immersion

Une actualité dans les arts et les sciences à travers les corps pluriels.

Immersion par corps, Normes et Déviances

Publié le 26 Juin 2013 par Anaïs BERNARD in evenement, Appel à communications

Immersion par corps, Normes et Déviances

Échéances

 

Résumé  : 15 décembre 2013 

Acceptation : 15 février 2014

Article : 15 juillet 2014 

 

 

 

- ARGUMENTAIRE -

 

Le regard micro-sociologique enrichit considérablement le champ scientifique en conférant complexité et nuance aux analyses par la remise en cause des catégories usuelles de nos sociétés. Généraliser en savoir global certains espaces dans lesquels se jouent des interactions complexes, n’épuise pas le réel, qui mérite de s'y pencher de près, par corps, pour identifier les liens sociaux mis en scène sous forme de rituel délimitant ce qui se passe à l'intérieur et ensuite à l'extérieur (Augé, 1992). 

Des travaux de recherche impliquent le « corps du chercheur » (Wacquant, 2003 ; Andrieu, 2011) entendu comme filtre charnel, qui saisit et restitue « l'intimité culturelle » (Herzfeld, 2004). Cependant, lorsque le chercheur rencontre et s'intéresse aux « manières de faire » (Certeau, Giard, & Mayol, 1990) de l'entrée à la sortie du terrain, un ensemble de contraintes méthodologiques s'impose et pose les conditions du travail ethnographique.

En quête de terrains le chercheur, teste, négocie, explore par corps, fait des choix stratégiques, motivés par la compréhension toujours plus fine d'une réalité sociale. L'improvisation en acte du chercheur nécessite un savoir-faire et savoir être, qui face à l'imprévisibilité génère une angoisse et met à rude épreuve sa sensibilité. Confronté délibérément aux interactions d'un groupe, il apprend par corps. L'apprentissage comme technique de production ethnographique implique que le chercheur devient intime du phénomène étudié. Il « s'encastre » (Wacquant, 2004) dans des réseaux de rapport sociaux et symboliques. La relation ethnographique relève d'une expérience sociale apprise,  par immersion, qui permet d'approcher par corps la réalité du groupe étudié. 

 

Les propositions de communications inter-disciplinaires s'intéresseront aux conditions de la relation ethnographique autour de trois axes :

 

Axe 1 : Dissimuler ou déclarer le corps de chercheur...

Cet axe s'intéresse à l'entrée du chercheur dans des groupes ou organisations collectives composés de personnes ayant des incapacités ou des capacités hors-normes et/ou déviantes et présentant des caractéristiques de fonctionnement qui se distinguent des groupes ou des organisations dites ordinaires. Cette distinction entraine des approches différenciées pour contourner les réticences ou les refus de certains milieux à être enquêtés ainsi que pour rechercher l'authenticité des interactions. Dans cette perspective, le chercheur est parfois amené à dissimuler son statut et devient un observateur caché ou clandestin (Homan, 1980; Lapassade, 1991). L'influence de la présence du chercheur est ainsi neutralisée, nécessitant de masquer ses intentions et son statut. Si l'approche clandestine s'avère être utile selon les cas, comment s'organise l'accès au terrain lorsque les personnes étudiées sont dans des états particuliers (déficiences, dépendances etc.) ou appartiennent à des groupes déviants et qui construisent socialement un corps différent ? Comment alors observer in situ un groupe ou une organisation de personnes aussi marqués?

Certains n'hésitent pas à déclarer leur statut de chercheur, conscient que leur posture d'observateur ainsi que leur identité influent sur la relation sociale observateur-observé et peut par conséquent poser le problème du contrôle des données collectées. Quels peuvent être les effets d’une différence visible ou non entre les corps et/ou identités des chercheur-e-s et des enquêté-e-s sur leur relation sociale ? 

 

Axe 2 : Devenir hybride?

Cet axe s'intéresse aux transformations corporelles du chercheur qu'une immersion réussie peut entraîner. En effet, ce qui caractérise l'anthropologie et qui la différencie des autres disciplines, c'est de ne pas être une « étude de », mais une « étude avec » : « une éducation de notre perception du monde qui ouvre nos yeux et nos esprits à d'autres possibilités d'être » (Ingold, 2007, p.82). La capacité à « être avec » implique que le chercheur puisse être perçu comme un membre du groupe. Selon les groupes étudiés des modifications corporelles (souvent douloureuses) sont opérées comme « signes d'identité » (Le Breton, 2002) ou encore comme rituel de passage et d'appartenace au groupe. De plus, les progrès récents de la médecine moderne et le développement de ce que Gofette (2008) nomme « l'anthropotechnie » renforcent la croyance en la malléabilité du corps, et renouvelle les coordonnées sensorielles du sujet ainsi que ses possibilités d'action. Andrieu (2008) parle d'un corps qui devient « hybride », corps technicisés mais aussi corps augmentés artificiellement, qui ouvrent de nouveaux terrains d'étude. Dans quelle mesure le chercheur in situ marque et ou transforme son corps voire devient lui-même hybride ? L'immersion conduit à une transformation de soi qui tend à rendre le chercheur vulnérable durant cette période. En quoi cette situation peut être à la fois déroutante et source d'arrêt de l'enquête? Doit-il se prémunir ou est-ce une étape fondamentale dans la compréhension des manières de faire?

 

Axe 3 : Ecrire le corps...

La transcription textuelle ou la reconstitution de la compréhension pratique, charnelle, exige un travail d'écriture particulier qui mérite toute notre attention dans cet axe. Un carnet de bord est généralement tenu à chaque rencontre avec le milieu étudié, et contient le plus grand nombre d'informations possibles. Toutes ces notes prennent du sens une fois que le chercheur quitte son terrain d’investigation et y porte un regard rétrospectif. Mais est-ce le corps qui s’écrit ou la conscience de ce corps? Le corps qui s’écrit suppose que le corps vivant en première personne produirait le texte en nous (Keep, 1995), la main consciente incarnerait dans le corps vécu de la première personne ce qui émerse de notre chair. Le corps est écrit par les techniques incorporées (Granger, 2012), les gestes habituels, et les postures quotidiennes (Bert, 2012) mais notre conscience n’en prend connaissance que lors d’une transmission à une troisième personne comme dans l’enseignement et dans l’éducation. La mémoire du corps est-elle celle que nous transmettons sans un travail de codification, de transcription de notre corps dans un récit en première personne ? Comment retranscrire l'expérience sensible apprise, à la fois saveur et douleur du monde social vécue, par le chercheur? 

 

 

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