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Corps en Immersion

Une actualité dans les arts et les sciences à travers les corps pluriels.

Les images intranquilles

Publié le 8 Juillet 2015 par Anaïs BERNARD in exposit

Les images intranquilles

D’où provient ce sentiment d’inquiétante étrangeté que produisent les œuvres de Valérie Belin, ces images si nettes qu’elles nous troublent ? Le Centre Pompidou expose une trentaine d’entre elles. La Galerie du musée présente à cette occasion la toute dernière série inédite de l’artiste. Entretien.

 

Propos recueillis par Clément Chéroux, conservateur au Musée national d’art moderne

Clément Chéroux - Pourquoi avoir choisi la photographie pour construire votre œuvre ? 
Valérie Belin -
 J’ai commencé à faire mes premières photographies vers 1984. Cette époque était encore très marquée par l’art « conceptuel ». L’art minimal américain a aussi fait partie de mes premières influences. Pourquoi la photographie ? Peut-être pour cette faculté d’être en prise directe avec le réel au travers d’une expérience. Cette facilité à obtenir immédiatement un résultat visible. Je me suis alors intéressée aux « choses », et à leur manifestation au travers de ce processus d’objectivisation qu’est la photographie. Il m’est apparu qu’il existait une sorte de symbiose entre l’essence purement lumineuse des objets que je photographiais et la nature du medium. La « caméra » est devenue l’outil que j’ai utilisé.

 

CC - Une nouvelle série présentée pour la première fois dans cette exposition revient au thème des mannequins. Pourquoi cette fascination ? 
VB -
 J’ai réalisé une première série de photographies de mannequins de vitrine en 2003, après avoir photographié de véritables « modèles » en 2001. J’ai fait ces « portraits » pour atteindre une sorte d’équivalence. Dans mes photographies, les mannequins de cire sont aussi vivants que les modèles ; c’est ce paradoxe de la représentation que j’ai cherché à atteindre. Le mannequin est un être parfait, ambigu ; il provoque un trouble de la représentation. Je suis fascinée par la notion d’animé et d’inanimé. J’ai repris cette thématique dans ma dernière série de photographies, mais en utilisant d’autres artifices de la représentation, par l’usage d’un motif ou d’un décor, afin d’introduire un effet de plus grande « humanité ».

 

CC - Comment expliquez-vous l’effet d’inquiétante étrangeté que produisent souvent vos images ? 
VB -
 Cette notion « d’inquiétante étrangeté », qui est à l’œuvre dans mes photographies, est un concept très présent dans la littérature romantique allemande du 19e siècle ; c’est aussi devenu un concept freudien. Ce sentiment irrationnel peut survenir, par exemple, par le doute suscité « soit par un objet apparemment animé dont on se demande s’il s’agit réellement d’un être vivant, soit par un objet sans vie dont on se demande s’il ne pourrait pas s’animer ». C’est ce paradoxe que je mets à l’œuvre. Ce malaise survient dans ce moment de doute où l’on pense apercevoir un autre que soi-même dans le reflet de la vitre ou du miroir. La photographie peut être ce miroir tendu dans lequel on ne se reconnaît pas.

 

Valérie Belin

Les images intranquilles

Expositions

24 juin 2015 - 14 septembre 2015

de 11h00 à 21h00
Musée - Niveau 4 - Galerie d'art graphique - Centre Pompidou, Paris

14€, TR 11€ / Forfait donnant accès à toutes les expositions temporaires et aux collections permanentes du musée

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